Délires,  Expérience

Le déni de la schizophrénie

Le fait d’hésiter à consulter un médecin lorsqu’on a des symptômes d’une maladie s’explique assez facilement. C’est du refoulement. Le site Doctissimo décrit le refoulement comme un mécanisme de défense inconscient contre des pulsions qui sont ainsi réprimées ou évacuées. 

C’est un processus qui consiste à repousser, à mettre hors de portée de la conscience des représentations psychiques inacceptables

Pr Patrick Landman

Le déni de la schizophrénie n’est pas du refoulement

L’objet de cet article est d’expliquer pourquoi le déni de la schizophrénie est différent d’un simple refoulement.

Bip, l’auteur de cet article se base sur ses propres expériences de crises psychotiques associées à la pathologie de schizophrénie paranoïde, ainsi que des contributions d’autres membres du Forum d’entraide La Roue.

La perception des personnes en psychose

Le comportement d’une personne en psychose est comparable à l’état délirogène induit par la prise d’une dose de LSD. La crise psychotique entraîne une peur de perte d’identité. L’auteur de cet article se souvient d’avoir noté son numéro de téléphone sur un bout de papier porté dans son slip lors de son premier internement, dans le but de pouvoir appeler des secours.

Les patients hospitalisés de force en services psychiatriques sont convaincus qu’on veut les réduire ainsi au silence. L’internement est vécu comme une trahison de la famille ou une conspiration du monde extérieur, par exemple de l’industrie pharmaceutique, d’une secte ou des services secrets.

Le comportement du corps médical

En général, le personnel médical renonce à essayer de discuter des ces délires avec le patient. D’une part, parce que le patient refuse de communiquer, comme un agent des services secrets que l’ennemi aurait capturé. D’autre part, parce que le corps médical considère qu’il est nécessaire d’administrer d’abord une très forte dose de neuroleptiques pour “casser la psychose”. Le manque de temps du personnel soignant est secondaire, mais n’arrange pas les choses.

La fuite vers un monde parallèle

Comme lors d’une prise de LSD, la peur de se désintégrer entraîne un état de panique. Le salut se trouve dans la fuite vers un monde parallèle où tous les évènements sont rapportés à sa propre situation pour entretenir cette illusion. Un extrait de journal, par exemple sur le secret bancaire, peut être compris comme un signe d’une réaction de l’ennemi.

Une personne psychotique peut s’en prendre verbalement à son entourage. Même les parents proches peuvent être remis en question. Lors d’une conversation téléphonique avec sa propre mère, l’auteur de cet article doutait de son identité, tout en étant convaincu qu’il était sur écoute des services secrets.

L’internement sans consentement est nécessaire, mais traumatisant pour le patient. L’arrivée du médecin accompagné des infirmiers et de l’ambulance, voire de la police est aussi interprété comme une trahison.

Le problème essentiel est l’effet auto-renforçateur des évènements. Le monde extérieur n’a aucune chance d’accéder au maladie psychotique. La patience des psychiatres est mis à rude épreuve, étant donné que cet état peut durer des semaines, voire plus longtemps.

Les délires sont en fait un comportement de régression à des niveaux primitifs. C’est un mécanisme de défense.

Les comportements aidants

Cet article ne serait pas très utile sans une section visant à donner des recommendations aux personnels soignants ainsi qu’aux proches de la personne psychotique.

Le maître mot est la négociation. Le fait d’essayer de comprendre ce qui se passe dans ce monde parallèle désamorce petit à petit l’agressivité intérieure de la personne psychotique en rétablissant sa confiance vis-à-vis du monde réel. Le mieux est de l’écouter sans la juger et surtout ne pas essayer de lui démontrer par a+b que ses délires sont une invention de son esprit.

Ce qui est également essentiel, c’est de ne pas parler aux médecins dans le dos du patient psychotique, mais en sa présence, en le considérant comme une personne responsable.

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