Les personnes atteintes de schizophrénie ont souvent des difficultés de comportement, même en dehors des périodes de crise. Essayons de comprendre ce qui se passe dans leur tête pour améliorer la communication.

Cet article est co-écrit par e884571 et Bip du forum d’entraide La Roue, inspiré à 80% d’un document préparé par e884571.

Les commentaires de cet article ne sont évidemment pas forcément valables pour tous les schizophrènes.

Un des grands intérêt de cet article pour les proches ou les soignants est de comprendre que derrière un symptôme, il y a des idées, des ressentis, qu’on peut comprendre (plus ou moins difficilement). Donc il est intéressant de demander au schizophrène ce qu’il pense plutôt que de simplement mesurer la présence ou non d’un symptôme. Essayer d’échanger avec lui pour comprendre son point de vue vous permettra de changer sa façon de voir le monde, parfois erronée et permettra d’adapter le traitement face à ses problématiques.

La schizophrénie est souvent une plongée aux confins du désespoir. Nous croyons au pouvoir de se raccrocher à de petites choses pour se reconstruire progressivement et garder l’espoir. Le nombre de points dans cet article ne doit pas décourager les lecteurs!

Manque d’empathie

On reproche souvent aux schizophrènes de ne pas ressentir d’émotions pour les autres, de manquer de compassion ou d’avoir des difficultés à comprendre les autres. Cette indifférence va de pair avec les symptômes négatifs (aboulie, clinophilie, …). Elle est renforcée par la prise régulière de neuroleptiques, des médicaments ayant pour caractéristique de freiner le fonctionnement du cerveau.

Ce qui est défaillant dans la schizophrénie est le fait qu’on comprenne mal ce qui est ressenti. On ne peut pas ressentir ce que ressentent les autres, puisque soi-même on ne le ressent pas.

C’est assez difficile à influencer. Mieux vaut ne pas le prendre personnellement et l’accepter.

Des techniques existent pour développer la compassion. Il s’agit de la CFT et de la CBT. Le fait de participer à un forum d’entraide comme La Roue développe les capacités à s’intéresser aux autres, à réduire le sentiment de honte d’être schizophrène, à être plus objectif et moins critique vis-à-vis de soi-même, à mieux gérer les difficultés rencontrées au quotidien et à relativiser la stigmatisation.

Tendance à la dispersion

Les schizophrènes ont souvent du mal à se concentrer sur une tâche, par exemple à lire un texte un peu long. Ils ont tendance à papillonner, à passer du coq à l’âne, ou à vouloir aller plus vite que la musique en simplifiant les situations. Ce n’est pas dû à un manque d’intérêt, mais davantage à une limitation de leurs certaines capacités cognitives.

Mieux vaut fixer des objectifs plus simples et réalistes.

Le fading

Définition du barrage: interruption brutale du discours au cours d’une phrase. Le discours reprend
au bout de quelques instants sur le même sujet ou sur un autre. La personne schizophrène ne peut pas dire ce qui s’est passé en elle pendant l’intervalle de temps, il y a eu un « blanc », un « vide » de la pensée.

Ou fading mental, c’est un équivalent a minima du barrage : la pensée s’englue pendant quelques instants.

Ce comportement vient du manque d’assurance lors des conversations, d’une certaine gêne de raconter quelque chose d’inintéressant ou de déplacé.

Revenir calmement au sujet initial.

Idées à la con

Il se passe plus de choses dans la tête d’un schizophrène que d’une personne « normale », c’est dire…!

Des idées à la con arrivent de nulle part. Elles sont parfois très fugaces, s’entrechoquent, souvent sans lien avec la conversation en cours.

Ne pas s’inquiéter et essayer de revenir à la conversation initiale.

Manque de motivation

Grosses difficultés à faire un effort. S’occuper d’une tâche semble insurmontable. Cela va souvent de pair avec l’intention de commencer de grands projets, même si cela peut sembler contradictoire.

Fixer de plus petits objectifs.

La tachypsychie

C’est une succession rapide d’idées qui viennent vite à l’esprit. On commence un raisonnement mais on ne le finit pas. Il est interrompu par une autre idée et ainsi de suite. On oublie les idées plus vieilles que deux idées en arrière. On se rend compte qu’on oublie un truc mais on ne sait plus quoi. À chaque fois, on pense que la nouvelle idée est hyper-importante à prendre en compte, ce qui est épuisant.

Eventuellement envisager une augmentation temporaire du traitement.

Convictions de parano

La parano est le résultat d’une construction mentale d’une histoire où le schizophrène ramène tous les évènements extérieurs à lui-même.

En période de crise, il est presque impossible de démontrer à un schizophrène qu’il a tort.

Le mieux est de montrer qu’on y croit. Ça permet de désamorcer la parano, non de la renforcer.

Rires immotivés

Ce sont des rires non adaptés au contexte.

Rationalisme morbide, le fait d’expliquer tout

Ne pas prendre ces rires comme des sarcasmes, mais y rendre attentif. Les voir comme des symptômes.

Facilement agacés

Les schizophrènes se braquent un peu ou s’agacent. Très possible qu’ils s’agacent intérieurement pour éviter d’être désagréables avec les autres et d’être mal vus, car ils redoutent faire du mal aux autres (?explique stp).

Ne pas prendre ces réactions personnellement.

Caractère difficile

Un schizophrène est plus facilement énervé. Les discussions peuvent tourner rapidement à l’embrouille.

Il a tendance à vouloir expliquer que tout va bien, alors qu’intérieurement, ses idées s’entrechoquent. En réalité, il va s’énerver franchement, parler sèchement et du coup, la discussion se transforme malheureusement en engueulade.

Il redoute de ne pas être pris au sérieux, voire d’être hospitalisé de force.

Pour désamorcer ça, il faut comprendre ce que la personne redoute et lui expliquer que ça n’arrivera
pas. Par exemple qu’il faut être beaucoup plus dangereux pour être enfermé.

Obsessions impulsives

Il s’agit de la crainte de commettre un acte délictueux ou dangereux (se jeter sous un train, donner un coup de couteau à quelqu’un, …). Ces obsessions d’impulsions ou phobies d’impulsions durent souvent plusieurs mois et sont vraiment lourdes à vivre. Elles sont récurrentes, tenaces, intenses. À force, le schizophrène a peur de passer à l’acte ou de finir en asile, fou d’inquiétude, sans concevoir qu’elles puissent partir. Il hésite à en parler à son psychiatre pour ne pas risquer d’être interné ou de devoir augmenter sa dose de neuroleptiques.

En parler ouvertement aide petit à petit à désamorcer ces pensées.

Etre sur la défensive

Ce comportement peut s’expliquer par la peur d’être mal vu par l’autre personne, par peur d’être considéré comme quelqu’un de pas normal, à rejeter, qu’on ne considère pas vraiment comme égal.

Le problème est qu’une personne délirante est vite cataloguée comme n’ayant que des avis faux et ridicules, risquant qu’on se moque d’elle, voire qu’on la méprise.

Sa tendance est aussi de penser que les autres sont malades.

Il faut la prendre au sérieux, malgré les troubles.

Expliquer que tout va bien mais s’énerver

Un schizophrène tend à expliquer que tout va bien, afin de persuader le médecin ou les proches, ceci dans le but d’éviter une hospitalisation. En se mettant ainsi en porte à faux, ils s’énervent, parlent sèchement et du coup, parfois la discussion, se transforme malheureusement en engueulade!

Eviter de mentionner l’énervement, cela ne ferait qu’empirer les choses. Pour désamorcer ça, il faut comprendre ce que la personne redoute et lui expliquer que ça n’arrivera pas.

Les questions existentielles

Un schizophrène se pose beaucoup plus de questions existentielles que la moyenne de la population. Ces questions existentielles créent une peur et il culpabilise des les avoir, en se disant que les gens normaux n’ont pas ces idées inquiétantes, et que c’est de sa faute s’il souffre car il a ces idées qu’il ne devrait pas avoir.

La peur des catastrophes envahit l’esprit, même si elles sont improbables.

Parler rationnellement de chiffres (taux de suicide, etc… ).

Le rapport très détaché au suicide

Pendant un certain temps, la mort et l’idée de se suicider font extrêmement peur. On craint surtout que de penser au suicide finisse par y amener. Ensuite, on ressent la mort comme quelque chose de calme et sans problèmes, comme une solution à un stress continu dans l’esprit, très pénible et qui n’a pas de raison de s’arrêter jusqu’à la fin de la vie. La mort serait dans ce cas un truc apaisant enfin.

Prendre un jour à la fois. Encourager à faire prendre conscience des petites choses positives.

En résumé

Essayer de comprendre ce que la personne schizophrène pense ou ressent. Elle ne vous en voudra pas de poser la question, à moins qu’elle soit dans une période sans traitement ou une période où elle va
vraiment mal et craint qu’elle puisse être susceptible qu’on la prenne pour quelqu’un d’anormal.

Evidemment, il faut poser ses limites pour se protéger.