Labyrinthe de lumières

Qu’est-ce que la schizophrénie?

L’objet de cet article de blog est de donner une explication simple et pratique de la schizophrénie. Perception de la schizophrénie par le grand public La schizophrénie est le plus souvent perçue par le grand public comme le fait d’avoir une double personnalité. Après avoir lu les messages d’environ une centaine de membres du forum dédié à la schizophrénie sur Atoute, une plate-forme de forums créée en 2001 par un médecin généraliste, je peux vous affirmer qu’absolument personne n’a eu cette pathologie, même üas en phase de délire. Les médias utilisent le mot schizophrène pour décrire un tiraillement d’opinions, voir la schizophrénie du président. Là aussi, erreur de diagnostic… La schizophrénie n’est pas une maladie standardisée Selon Wikipédia, la schizophrénie se développe au début de l’âge adulte et se manifeste comme une perte de contrôle de la réalité. Elle s’accompagne d’une altération du fonctionnement cognitif et social, avec une difficulté à réguler les émotions et de planifier des actions centrées sur des buts. Les sous-types reconnus sont les schizophrénies hébéphrénique, paranoïde, schizoaffective et catatonique. En pratique, on peut avoir une schizophrénie paranoïde avec une connotation schizoaffective. De plus, des adultes peuvent tomber en psychose de manière répétée (psychose cyclique) et finir par recevoir un diagnostic de schizophrénie paranoïde, comme c’est mon cas. La schizophrénie est-elle dangereuse? Les médias rapportent parfois des incidents dûs à des schizophrénes ayant perdu le contrôle de leur pensées. Ces évènement sont certes tragiques, mais extrêmement rares et concernent en général des personnes non encore diagnostiquées. Les schizophrénes ayant un traitement par neuroleptiques adapté ont généralement un émoussement affectif et un retrait social prononcés, assez incompatible avec un comportement dangereux pour autrui. En réalité, le schizophrène est surtout dangereux pour lui-même. Environ 12% des schizophrènes se suicident et 50% font au moins une tentative de suicide. Cela traduit bien le mal-être de cette maladie. Quels sont les symptômes annonciateurs d’une crise psychotique ou BDA (bouffée délirante aïgue)? Les symptômes les plus courants de la schizophrénie paranoïde sont un sentiment de contrôle par les services secrets. Une crise psychotique peut-elle être évitée? Beaucoup d’efforts ont été investis par les services médicaux pour essayer de définir des systèmes d’auto-contrôle ou d’auto-alerte. La triste réalité, c’est que rien ne peut empêcher un schizophrène de glisser dans une nouvelle psychose, mis à part la prise régulière d’un traitement adapté bien sûr. Quelles sont les divagations classiques lors d’une BDA? Les psychoses déclenchent souvent une conviction d’être le nouveau Jésus Christ, sauveur de l’humanité, comme c’était mon cas à de multiples reprises. Ce phénomène est auto-entretenu par des confirmations dûes à l’interprétation par exemple de ce qui est écrit dans un journal. On ramène tout à soi. Le fait de se sentir être Jésus Christ flatte l’égo. De quoi souffent les schizophrènes stabilisés? Les traitements par neuroleptiques induisent des effets secondaires, d’où une forte tentation de les suspendre. Le principal souci des schizophrènes est l’émoussement affectif. On se sent en marge de la société, inutile, sans motivation de socialiser avec d’autres personnes. La vie n’a plus beacoup de sens. La famille n’est pas toujours bienveillante. Il est très difficile de se faire des amis. On se sent incompris. Les tâches du quotidien sont difficiles à assumer. Des actions simples comme vider un lave-vaisselle peuvent être parfois repoussées, avec une perception qu’on n’y arrive pas. C’est bien pire qu’une forme de procrastination. Les difficultés cognitives sont fréquentes, essentiellement une perte de mémoire et de capacité d’apprentissage. Les plus atteints ont beaucoup de mal à s’exprimer. C’est ce qu’on appelle l’alogie. Peut-on guérir de la schizophrénie? Certains articles se réjouissent de personnes ayant pu guérir de la schizophrénie. À mon avis, ces personnes n’ont tout simplement jamais été schizophrènes à proprement parler. Ce genre d’articles donne de faux espoirs aux schizophrénes et pire, les incite à suspendre leur traitement. La psychiatrie moderne est tout une industrie où la recherche est très active. L’article mentionné plus haut laisse entendre qu’il suffirait d’avoir davantage de moyens pour permettre à beaucoup de schizophrènes de guérir. Les étudiants en doctorat de psychologie adoraient nous contacter sur le fourm Atoute pour des sondages et des analyses à n’en plus finir. L’utilité d’un forum de discussion Les bienfaits d’un forum réservé aux schizophrènes sont la possibilité de s’exprimer sans réserve sur le vécu de la maladie, de partager ces expériences avec d’autres en lecture publique, sans même l’obligation de créer un compte. Les nouveaux arrivants fraîchement diagnostiqués pourront relativiser leurs expériences psychotiques et déculpabiliser. Les habitués parlent de sujets divers, variés, le plus souvent non médicaux. Une charte associée à une équipe de modération assure la cohabitation pacifique de courants de pensées politiques, religieux ou scientifiques opposés. Les exclusions temporaires ou définitives permettent de protéger la communauté et d’interrompre les dérives d’échanges trop musclés. L’esprit du forum La Roue est basé sur l’entraide et le soutien.

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Comment mieux communiquer avec les schizophrènes

Les personnes atteintes de schizophrénie ont souvent des difficultés de comportement, même en dehors des périodes de crise. Essayons de comprendre ce qui se passe dans leur tête pour améliorer la communication. Cet article est co-écrit par e884571 et Bip du forum d’entraide La Roue, inspiré à 80% d’un document préparé par e884571. Les commentaires de cet article ne sont évidemment pas forcément valables pour tous les schizophrènes. Un des grands intérêt de cet article pour les proches ou les soignants est de comprendre que derrière un symptôme, il y a des idées, des ressentis, qu’on peut comprendre (plus ou moins difficilement). Donc il est intéressant de demander au schizophrène ce qu’il pense plutôt que de simplement mesurer la présence ou non d’un symptôme. Essayer d’échanger avec lui pour comprendre son point de vue vous permettra de changer sa façon de voir le monde, parfois erronée et permettra d’adapter le traitement face à ses problématiques. La schizophrénie est souvent une plongée aux confins du désespoir. Nous croyons au pouvoir de se raccrocher à de petites choses pour se reconstruire progressivement et garder l’espoir. Le nombre de points dans cet article ne doit pas décourager les lecteurs! Manque d’empathie On reproche souvent aux schizophrènes de ne pas ressentir d’émotions pour les autres, de manquer de compassion ou d’avoir des difficultés à comprendre les autres. Cette indifférence va de pair avec les symptômes négatifs (aboulie, clinophilie, …). Elle est renforcée par la prise régulière de neuroleptiques, des médicaments ayant pour caractéristique de freiner le fonctionnement du cerveau. Ce qui est défaillant dans la schizophrénie est le fait qu’on comprenne mal ce qui est ressenti. On ne peut pas ressentir ce que ressentent les autres, puisque soi-même on ne le ressent pas. C’est assez difficile à influencer. Mieux vaut ne pas le prendre personnellement et l’accepter. Des techniques existent pour développer la compassion. Il s’agit de la CFT et de la CBT. Le fait de participer à un forum d’entraide comme La Roue développe les capacités à s’intéresser aux autres, à réduire le sentiment de honte d’être schizophrène, à être plus objectif et moins critique vis-à-vis de soi-même, à mieux gérer les difficultés rencontrées au quotidien et à relativiser la stigmatisation. Tendance à la dispersion Les schizophrènes ont souvent du mal à se concentrer sur une tâche, par exemple à lire un texte un peu long. Ils ont tendance à papillonner, à passer du coq à l’âne, ou à vouloir aller plus vite que la musique en simplifiant les situations. Ce n’est pas dû à un manque d’intérêt, mais davantage à une limitation de leurs certaines capacités cognitives. Mieux vaut fixer des objectifs plus simples et réalistes. Le fading Définition du barrage: interruption brutale du discours au cours d’une phrase. Le discours reprendau bout de quelques instants sur le même sujet ou sur un autre. La personne schizophrène ne peut pas dire ce qui s’est passé en elle pendant l’intervalle de temps, il y a eu un « blanc », un « vide » de la pensée. Ou fading mental, c’est un équivalent a minima du barrage : la pensée s’englue pendant quelques instants. Ce comportement vient du manque d’assurance lors des conversations, d’une certaine gêne de raconter quelque chose d’inintéressant ou de déplacé. Revenir calmement au sujet initial. Idées à la con Il se passe plus de choses dans la tête d’un schizophrène que d’une personne « normale », c’est dire…! Des idées à la con arrivent de nulle part. Elles sont parfois très fugaces, s’entrechoquent, souvent sans lien avec la conversation en cours. Ne pas s’inquiéter et essayer de revenir à la conversation initiale. Manque de motivation Grosses difficultés à faire un effort. S’occuper d’une tâche semble insurmontable. Cela va souvent de pair avec l’intention de commencer de grands projets, même si cela peut sembler contradictoire. Fixer de plus petits objectifs. La tachypsychie C’est une succession rapide d’idées qui viennent vite à l’esprit. On commence un raisonnement mais on ne le finit pas. Il est interrompu par une autre idée et ainsi de suite. On oublie les idées plus vieilles que deux idées en arrière. On se rend compte qu’on oublie un truc mais on ne sait plus quoi. À chaque fois, on pense que la nouvelle idée est hyper-importante à prendre en compte, ce qui est épuisant. Eventuellement envisager une augmentation temporaire du traitement. Convictions de parano La parano est le résultat d’une construction mentale d’une histoire où le schizophrène ramène tous les évènements extérieurs à lui-même. En période de crise, il est presque impossible de démontrer à un schizophrène qu’il a tort. Le mieux est de montrer qu’on y croit. Ça permet de désamorcer la parano, non de la renforcer. Rires immotivés Ce sont des rires non adaptés au contexte. Rationalisme morbide, le fait d’expliquer tout Ne pas prendre ces rires comme des sarcasmes, mais y rendre attentif. Les voir comme des symptômes. Facilement agacés Les schizophrènes se braquent un peu ou s’agacent. Très possible qu’ils s’agacent intérieurement pour éviter d’être désagréables avec les autres et d’être mal vus, car ils redoutent faire du mal aux autres (?explique stp). Ne pas prendre ces réactions personnellement. Caractère difficile Un schizophrène est plus facilement énervé. Les discussions peuvent tourner rapidement à l’embrouille. Il a tendance à vouloir expliquer que tout va bien, alors qu’intérieurement, ses idées s’entrechoquent. En réalité, il va s’énerver franchement, parler sèchement et du coup, la discussion se transforme malheureusement en engueulade. Il redoute de ne pas être pris au sérieux, voire d’être hospitalisé de force. Pour désamorcer ça, il faut comprendre ce que la personne redoute et lui expliquer que ça n’arriverapas. Par exemple qu’il faut être beaucoup plus dangereux pour être enfermé. Obsessions impulsives Il s’agit de la crainte de commettre un acte délictueux ou dangereux (se jeter sous un train, donner un coup de couteau à quelqu’un, …). Ces obsessions d’impulsions ou phobies d’impulsions durent souvent plusieurs mois et sont vraiment lourdes à vivre. Elles sont récurrentes, tenaces, intenses. À force, le schizophrène a peur de passer à l’acte ou de finir en asile, fou d’inquiétude, sans concevoir qu’elles puissent partir. Il hésite à en parler à son psychiatre pour ne pas risquer d’être interné ou de devoir augmenter sa dose de neuroleptiques. En parler ouvertement aide petit à petit à désamorcer ces pensées. Etre sur la défensive Ce comportement peut s’expliquer par la peur d’être mal vu par l’autre personne, par peur d’être considéré comme quelqu’un de pas normal, à rejeter, qu’on ne considère pas vraiment comme égal. Le problème est qu’une personne délirante est vite cataloguée comme n’ayant que des avis faux et ridicules, risquant qu’on se moque d’elle, voire qu’on la méprise. Sa tendance est aussi de penser que les autres sont malades. Il faut la prendre au sérieux, malgré les troubles. Expliquer que tout va bien mais s’énerver Un schizophrène tend à expliquer que tout va bien, afin de persuader le médecin ou les proches, ceci dans le but d’éviter une hospitalisation. En se mettant ainsi en porte à faux, ils s’énervent, parlent sèchement et du coup, parfois la discussion, se transforme malheureusement en engueulade! Eviter de mentionner l’énervement, cela ne ferait qu’empirer les choses. Pour désamorcer ça, il faut comprendre ce que la personne redoute et lui expliquer que ça n’arrivera pas. Les questions existentielles Un schizophrène se pose beaucoup plus de questions existentielles que la moyenne de la population. Ces questions existentielles créent une peur et il culpabilise des les avoir, en se disant que les gens normaux n’ont pas ces idées inquiétantes, et que c’est de sa faute s’il souffre car il a ces idées qu’il ne devrait pas avoir. La peur des catastrophes envahit l’esprit, même si elles sont improbables. Parler rationnellement de chiffres (taux de suicide, etc… ). Le rapport très détaché au suicide Pendant un certain temps, la mort et l’idée de se suicider font extrêmement peur. On craint surtout que de penser au suicide finisse par y amener. Ensuite, on ressent la mort comme quelque chose de calme et sans problèmes, comme une solution à un stress continu dans l’esprit, très pénible et qui n’a pas de raison de s’arrêter jusqu’à la fin de la vie. La mort serait dans ce cas un truc apaisant enfin. Prendre un jour à la fois. Encourager à faire prendre conscience des petites choses positives. En résumé Essayer de comprendre ce que la personne schizophrène pense ou ressent. Elle ne vous en voudra pas de poser la question, à moins qu’elle soit dans une période sans traitement ou une période où elle vavraiment mal et craint qu’elle puisse être susceptible qu’on la prenne pour quelqu’un d’anormal. Evidemment, il faut poser ses limites pour se protéger.

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Le déni de la schizophrénie

Le fait d’hésiter à consulter un médecin lorsqu’on a des symptômes d’une maladie s’explique assez facilement. C’est du refoulement. Le site Doctissimo décrit le refoulement comme un mécanisme de défense inconscient contre des pulsions qui sont ainsi réprimées ou évacuées.  C’est un processus qui consiste à repousser, à mettre hors de portée de la conscience des représentations psychiques inacceptables Pr Patrick Landman Le déni de la schizophrénie n’est pas du refoulement L’objet de cet article est d’expliquer pourquoi le déni de la schizophrénie est différent d’un simple refoulement. Bip, l’auteur de cet article se base sur ses propres expériences de crises psychotiques associées à la pathologie de schizophrénie paranoïde, ainsi que des contributions d’autres membres du Forum d’entraide La Roue. La perception des personnes en psychose Le comportement d’une personne en psychose est comparable à l’état délirogène induit par la prise d’une dose de LSD. La crise psychotique entraîne une peur de perte d’identité. L’auteur de cet article se souvient d’avoir noté son numéro de téléphone sur un bout de papier porté dans son slip lors de son premier internement, dans le but de pouvoir appeler des secours. Les patients hospitalisés de force en services psychiatriques sont convaincus qu’on veut les réduire ainsi au silence. L’internement est vécu comme une trahison de la famille ou une conspiration du monde extérieur, par exemple de l’industrie pharmaceutique, d’une secte ou des services secrets. Le comportement du corps médical En général, le personnel médical renonce à essayer de discuter des ces délires avec le patient. D’une part, parce que le patient refuse de communiquer, comme un agent des services secrets que l’ennemi aurait capturé. D’autre part, parce que le corps médical considère qu’il est nécessaire d’administrer d’abord une très forte dose de neuroleptiques pour « casser la psychose ». Le manque de temps du personnel soignant est secondaire, mais n’arrange pas les choses. La fuite vers un monde parallèle Comme lors d’une prise de LSD, la peur de se désintégrer entraîne un état de panique. Le salut se trouve dans la fuite vers un monde parallèle où tous les évènements sont rapportés à sa propre situation pour entretenir cette illusion. Un extrait de journal, par exemple sur le secret bancaire, peut être compris comme un signe d’une réaction de l’ennemi. Une personne psychotique peut s’en prendre verbalement à son entourage. Même les parents proches peuvent être remis en question. Lors d’une conversation téléphonique avec sa propre mère, l’auteur de cet article doutait de son identité, tout en étant convaincu qu’il était sur écoute des services secrets. L’internement sans consentement est nécessaire, mais traumatisant pour le patient. L’arrivée du médecin accompagné des infirmiers et de l’ambulance, voire de la police est aussi interprété comme une trahison. Le problème essentiel est l’effet auto-renforçateur des évènements. Le monde extérieur n’a aucune chance d’accéder au maladie psychotique. La patience des psychiatres est mis à rude épreuve, étant donné que cet état peut durer des semaines, voire plus longtemps. Les délires sont en fait un comportement de régression à des niveaux primitifs. C’est un mécanisme de défense. Les comportements aidants Cet article ne serait pas très utile sans une section visant à donner des recommendations aux personnels soignants ainsi qu’aux proches de la personne psychotique. Le maître mot est la négociation. Le fait d’essayer de comprendre ce qui se passe dans ce monde parallèle désamorce petit à petit l’agressivité intérieure de la personne psychotique en rétablissant sa confiance vis-à-vis du monde réel. Le mieux est de l’écouter sans la juger et surtout ne pas essayer de lui démontrer par a+b que ses délires sont une invention de son esprit. Ce qui est également essentiel, c’est de ne pas parler aux médecins dans le dos du patient psychotique, mais en sa présence, en le considérant comme une personne responsable.

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Les symptômes négatifs

Document créé et rédigé par Jack, membre du forum schizophrénie, écrit en octobre 2021 et inspiré du blog Jack et sa psychose. Comme vous le savez peut-être la schizophrénie est décrite par deux grandes familles de symptômes : les symptômes positifs et les symptômes négatifs. Ici on parlera des symptômes négatifs, c’est à dire les choses « en moins » des personnes atteintes de schizophrénie. Il faut aussi préciser que parmi les symptômes positifs et négatifs, tous ne sont pas forcément présents chez un individu. En fait c’est une palette de symptômes énumérés et d’une personne à l’autre, on retrouve des couleurs et des intensités différentes. Il y a autant de schizophrénies que de schizophrènes. Les symptômes négatifs sont généralement décrits comme résistants aux traitements. Même après une phase de la maladie, ils persistent. Ils sont, souvent, annonciateurs d’une schizophrénie en évolution et peuvent être confondus avec le comportement d’un adolescent, ou, à l’adolescence justement, avec l’autisme. Ils sont soit « primaires », c’est à dire conséquence de la pathologie ou « secondaires », conséquence d’effets secondaires liés au traitements, ou à l’isolement social de personnes stigmatisées, ou liés à la consommation de substances, ou encore liés à une dépression. Parmi les symptômes négatifs on peut citer : L’émoussement affectif (la diminution de l’expression des émotions)  Le manque d’énergie, de motivation La difficulté à ressentir du plaisir La pauvreté de la pensée Le repli autistique Etc L’émoussement affectif Il est défini par la diminution de l’expression du visage, du contact oculaire, de l’intonation et de la gestuelle. « T’as l’air d’aimer la vie, toi! » : remarque que l’on m’a souvent faite personnellement. Certaines personnes schizophrènes ont un air trop sérieux et portent une sorte de masque figé. Les émotions sont présentes, mais elles sont amoindries et imperceptibles par les autres. La personne n’a l’air ni triste ni gaie, ce qui laisse les autres perplexes sur son état psychologique. Le visage n’a pas ou peu de mimiques, comme si elle était désintéressée de tout ou spectateur de son propre quotidien. Le regard peut être fuyant, et la voix monotone. Difficile pour elle d’avoir une conversation enjouée !Pour certains aussi la gestuelle est pauvre. Les mouvements sont lents, presque précieux. A l’extrême d’une gestuelle pauvre il y a la catatonie, état de stupeur dans lequel on peut se trouver. Aimez-vous regarder la télévision ? L’émoussement affectif a un impact sur cette activité du quotidien. Regarder un film triste ou gai ne donne pas spécialement envie de rire ou pleurer. Il y a comme une mise à distance des émotions, une sorte de « carapace trop dure à percer ». Il y a aussi les joies et les drames de tous les jours, que ce soit de la vie personnelle ou en communauté,  par lesquels la personne ne se sent plus concernée. L’alogie Ce qui rend moins expressif, c’est aussi ce discours plus pauvre. Les difficultés à s’insérer dans une conversation, le fait d’avoir comme moins de choses à dire que les autres. Pour ceux qui souffrent d’alogie, il y a une tendance à avoir l’air effacé. Si la pensée est pauvre, elle n’est pas inexistante. Pourtant quand ils ont quelque chose à dire, il leur est impossible de s’exprimer. Le délai de réponse aux questions est allongé. Si bien que dans une conversation, il est rapide que quelqu’un d’autre prenne le dessus et qu’ils ne puissent plus s’y insérer. « J’essaie de parler mais ça ne sort pas. Quand je suis avec des amis ou des collègues je me construis dans ma tête une conversation parallèle avec les interventions que j’aurais aimé faire. » L’aboulie Le deuxième aspect des symptômes négatifs est le manque de motivation. Les personnes perdent l’initiative des choses. Il est donc difficile d’atteindre ses objectifs, même ceux du quotidien comme prendre soin de son hygiène ou de celle de son logement. Il y a un manque d’énergie et une impossibilité de passer à l’action. « Je sais que depuis plusieurs jours je dois faire la vaisselle, mais je n’y arrive pas. Il y en a de plus en plus et je ne sais plus par où commencer » L’anhédonie Ce qui nous motive tous à faire des activités, c’est la mémoire de la satisfaction ou du plaisir que l’on a pu ressentir durant ces activités. L’anhédonie touche la capacité à éprouver du plaisir. Parler aux gens, faire une activité que l’on a choisie n’induit pas spécialement de plaisir à la personne, que ce soit au moment de l’imaginer ou au moment de le faire. « J’apprends un instrument de musique mais je ne le pratique que pendant les cours, sur mon temps personnel je remets toujours à plus tard, bien qu’apprendre cet instrument me plaise. » L’asociabilité La diminution de l’intérêt pour les relations sociales rejoint le repli autistique. La personne préfère « rester seule dans son coin », et peut être mal à l’aise en société. Elle commence à moins contacter ses amis, par exemple, et ne cherche pas à faire de nouvelles connaissances. « Par moments j’arrête d’appeler mes amis et de les voir, je ne sais pas quoi leur raconter. Mon ami le plus proche, au courant de mon état, m’appelle au minimum tous les deux jours pour entretenir le lien. Parfois, je ne réponds pas. » Les symptômes négatifs se soignent   Via des neuroleptiques et des antidépresseurs pour la partie médicamenteuse. Ils seront d’autant plus efficaces accompagnés d’une intervention comme la psychoéducation ou la thérapie cognitive.  « Au début de mes rencontres avec la psychologue, je n’étais pas capable de suivre le fil de la conversation. Mes réponses étaient courtes, et je manquais d’attention pour comprendre ce qu’elle me disait. Par politesse je hochais la tête quand je décrochais. Puis au fil des séances j’ai repris l’habitude d’avoir de longues conversations, même s’il m’arrivait de perdre mes mots en cours de phrase. Cela fait maintenant deux ans que nous travaillons chaque semaine et je suis maintenant capable d’avoir des conversations simples avec des collègues. » La MDPH propose aussi un Service d’Aide à la Vie Sociale, qui intervient avec l’accord de la personne sur les aspects de son quotidien qu’elle souhaite améliorer. Vous reconnaissez-vous dans ces symptômes ? Amicalement.

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Bye bye les symptômes négatifs

Par Bip, membre du forum schizophrénie, écrit en novembre 2020 sur son blog-journal privé. Je suis content ce matin, parce que je pense avoir définitivement trouvé la clé pour surmonter les symptômes négatifs de ma schizophrénie. Il est neuf heures du matin, j’ai déjà passé l’aspirateur et la serpillière et ceci avec entrain, alors qu’il y a un an je souffrais de procrastination, en restant des heures au lit à ne rien faire. Ma situation une année en arrière:  faire le ménage le lundi matin était une épreuve, je restais d’abord longtemps au lit à ne rien faire ramasser 10 feuilles mortes par jour dans notre cour était un objectif difficile, fixé par ma gentille épouse aller à la musculation était comme gravir une montagne, j’ai plusieurs fois renoncé à y aller entasser mes vêtements sur des porte-habits en étant incapable de les ranger Moins souvent, mais embêtant quand même: changer les pneus été – hiver au garage était une épreuve difficile chercher et ramener la décoration de Noël à la cave était à la limite du possible prendre une douche était perçu comme une agression Pour mes amis irl, la liste des symptômes négatifs de la schizophrénie se trouve sur Wikipedia. Pour faire court, les symptômes négatifs se caractérisent par de grandes difficultés à faire les tâches quotidiennes. On pourrait remarquer que ça touche n’importe qui, pas seulement les schizos. La différence est une sorte de paralysie du cerveau chez moi, contrairement à une simple flemme chez la plupart des personnes. Ma situation maintenant: je fais les choses dès lors que la pensée de devoir les faire me traverse la tête, sans les repousser je vide le compost et je ramasse les feuilles dès que possible, après qu’elles soient tombées je prends à nouveau plaisir à avoir une maison propre et bien rangée je me suis rendu au garage avec plaisir et sans problème Pourquoi je pense y être arrivé: je me suis battu pour maintenir une routine, même en l’absence d’envie j’ai saisi toutes les opportunités d’activités supplémentaires intéressantes (webinars, …) j’ai été ouvert pour me faire davantages d’amis, irl ou virtuels j’ai passé du temps sur des Social Media (Facebook, Instagram, forum) Je pense que de repousser est une stratégie mentale afin de faire face au vide sidéral de l’inactivité d’un schizophrène, étant donné des difficultés à s’occuper en se concentrant sur quelque chose. En laissant s’amonceler les choses, on se trouve une justification au temps qui passe et à la vie en général. En réalité, cette stratégie est une erreur. Elle contient malheureusement de puissants mécanismes auto-renforcateurs. Rester au lit pendant des heures à ne rien faire crée un sentiment agréable de cocon, ce qui renforce d’autant ce comportement. Se fixer une limite au séjour diurne au lit par un réveil-matin ne sert pas à grand-chose. Faire les choses au moment où on y pense libère de l’espace psychique, donc du temps pour d’autres activités. Se dynamiser grâce aux contacts avec des gens normaux permet d’accumuler un peu d’énergie pour sortir de sa torpeur. Il faut se représenter un tigre convalescent. Au début, il se contente de ce qui lui reste après la période de maladie, mais petit à petit, il pourra essayer de regagner du territoire. L’appropriation progressive de cet espace mental est la clé pour se libérer des symptômes négatifs.

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Les neuroleptiques en psychiatrie

Par Nans, membre du forum Schizophrénie et auteur du Journal Abrasif. Pour ou contre les neuroleptiques Les neuroleptiques sont des médicaments controversés et de nombreuses publications sur internet mettent en garde contre les dangers des effets secondaires de ces médicaments. Qu’en est-il réellement ? Pour ou contre les neuroleptiques ? Neuroleptiques de 1ère et 2nde génération Les neuroleptiques sont des médicaments utilisés dans le traitement des psychoses de types schizophrénie, ainsi que pour d’autres troubles (bipolarité, autisme…). Découverts aux USA dans les années 50, les premiers neuroleptiques ont permis de faire sortir la psychiatrie du cadre de l’enfermement. Il existe deux types de neuroleptiques. Ceux de première générations, les plus anciens et les neuroleptiques atypiques ou de deuxième génération. Apparus au début des années 80, les neuroleptiques atypiques sont censés avoir moins d’effets secondaires que les neuroleptiques de première génération. L’haldol, le dogmatil, le tercian… sont des neuroleptiques de première génération alors que l’abilify, le risperdal, le zyprexa et autres sont des neuroleptiques dits atypiques. La plupart des traitements psychiatriques actuels contiennent des neuroleptiques atypiques mais il est quelques rares patients auxquels ces derniers ne conviennent pas et qui préfèrent prendre des neuroleptiques plus anciens, sur lesquels on a un meilleur recul que sur les médicaments récents. Le traitement lourd des neuroleptiques Les neuroleptiques sont des traitements lourds et suffisamment handicapant pour que la mdph vous accorde l’aah si vous en prenez. Je connais très peu de personnes qui prennent des neuroleptiques et qui arrivent à travailler en même temps. Ils font prendre du poids, ils donnent des tremblements et ils peuvent vous endormir. De nombreux patients font états de ces effets secondaires et on peut presque reconnaître une personne sous neuroleptiques à ces effets secondaires. Pour de nombreux patients cependant, ils sont une aide précieuse au quotidien pour lutter contre les nombreux symptômes des troubles psychiques. Cependant, vu qu’il est prouvé qu’ils modifient la structure cérébrale, il convient de ne pas en donner à des personnes trop jeunes. Hélas, de nombreux psychiatres préfèrent s’en remettre à la molécule plutôt qu’offrir au patient l’espace de parole et de confidentialité dont il a besoin pour s’exprimer sur ses troubles. Heureusement, les cmp proposent des consultations de psychothérapie mais hélas, les psychologues publics sont débordés et il y a souvent plusieurs mois d’attente avant d’obtenir un rendez-vous. Parmi les effets secondaires, il y en a de plus rares comme le diabète ou les dyskinésies. Les neuroleptiques donnent aussi envie de consommer de la nicotine et donc, pour de nombreux patient en psychiatrie, de fumer des cigarettes. On parle de comorbidité pour désigner ces troubles. Force est de constater que les schizophrènes ne vivent pas longtemps et on ne connaît pas la part de responsabilité de la prise prolongée de neuroleptiques dans cette mortalité précoce. Surtout que ces chiffres sont biaisés par le taux de suicide chez les schizophrènes qui est de 10 à 13 %. Donc, les neuroleptiques évitent des suicides mais au prix d’effets secondaires lourds. Mon expérience des neuroleptiques Je prend des neuroleptiques pour une psychose hallucinatoire depuis plus de 20 ans et je dois avouer que mon état psychique s’est amélioré. Depuis que je suis suivi par un psychiatre, je n’ai plus d’hallucinations et je n’entend plus de voix donc, je garde mes neuroleptiques même si j’ai souffert de nombreux effets secondaires dus à ces médicaments. J’ai eu du diabète en prenant du zyprexa, puis une dyskinésie heureusement passée en prenant du xeroquel, j’ai pris plus de 30 kilos en prenant du risperdal mais aujourd’hui, j’ai trouvé un traitement, solian, qui me convient et qui ne me donne pas trop d’effets secondaires. On m’a dit une fois qu’il faut apprivoiser son traitement, et je pense qu’il ne faut pas désespérer si on ne trouve pas le traitement qui convient, les alternatives thérapeutiques sont nombreuses. Et bien sûr, il ne suffit pas de prendre un traitement pour « guérir » de la schizophrénie ou d’autres troubles psychiques traités par neuroleptiques. Il faut un suivi psychologique et social, c’est essentiel. La souffrance psychique, cependant, peut-être telle qu’on préfère prendre un médicament qui vous tue à petit feu que de se tuer tout court. Bien sûr, je tiens à préciser que je suis contre qu’on impose de force à des personnes non consentantes des médicaments dont les effets secondaires sont si lourds. Ce sera le sujet d’un autre article.

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